L'oeil de l'expert
L'ŒIL DE L'EXPERT - Dr Hoareau - La thalassothérapie : eau de mer et santé

Dr Dominique Hoareau

Docteur en médecine, diplômé de Biologie et Médecine du Sport, il s’est orienté depuis 1998 vers le conseil et la formation dans le domaine de la Santé et de la Prévention et notamment : thermalisme marin, gestion physiologique du stress, santé des seniors, prévention du dos, équilibre nutritionnel … Il (…)
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La thalassothérapie : eau de mer et santé

La demande de nos concitoyens en matière de santé dans nos pays développés a profondément évolué ces dernières années. À côté des espoirs légitimes de guérison concernant les grands fléaux de notre époque (cancers, SIDA, etc.), on constate plus humblement l’augmentation parallèle et apparemment contradictoire du niveau de CONFORT et de STRESS dans nos conditions de vie qui nous pousse à réclamer plus de prévention, une prise en charge plus adaptée aux affections dites « fonctionnelles » ou « psychosomatiques », voire tout simplement plus de bien-être. Et personne ne niera que plus de bien-être ne peut générer que… plus de santé ! Et c’est ainsi qu’il existe une offre riche de réponses, et notamment celles faisant appel à l’eau : thermalisme, thalassothérapie, spas, balnéothérapie… réponses qui se déclinent avec plus ou moins de sérieux, de compétence et de bonheur dans des instituts, des centres de remise en forme ou même des cabinets individuels de professions libérales médicales ou non.
Revenons aux fondamentaux : qu’est-ce que la thalassothérapie ?
Il s’agit de l’utilisation combinée dans un but préventif et curatif, des bienfaits du milieu marin. Celui-ci englobe le climat marin, l’eau de mer, et les produits issus de la mer (algues, boues marines, etc.).
Thalassothérapie et médecin
D’autre part, qui dit « préventif et curatif » dit « médical »… La prise en charge médicale – qui a quasiment disparu de la thalassothérapie – pour but de déterminer, au-delà des appellations marketing des cures (cures « anti-stress », « mal de dos », « jambes légères », etc.), la meilleure application possible des soins pour le curiste, dans un objectif de soins qui doit faire sens : une action en profondeur et durable sur la santé et le bien-être. Pour être profitable, une cure doit durer au moins 5/6 jours, à raison de 3 soins par jour au minimum. La tendance actuelle est pourtant au raccourcissement des séjours et des prestations. C’est le médecin qui devrait choisir, grâce à une visite de début de cure, le programme dont chaque soin sera personnalisé dans sa composition et son application en fonction des besoins et de la tolérance du sujet : durée, intensité, mélange de techniques ou de produits. C’est encore lui qui devrait assurer la surveillance des soins durant la cure, et éventuellement si le patient en fait la demande, réaliser un bilan de sortie et un courrier au médecin traitant.

Principes actifs marins

Parmi les principes actifs marins, le climat occupe une place mal connue. Si le climat méditerranéen est apprécié pour ses effets « anti-stress » en raison de son aspect sédatif, le climat vivifiant de nos côtes de Manche ou d’Atlantique mérite une petite présentation. Ses bienfaits proviennent à la fois des marées, des vents d’Ouest dominants, et de sa forte teneur, notamment en iode. Les vents marins permettent l’apport d’embruns et se comportent ainsi comme de véritables aérosols naturels. Mais pas seulement. La pression barométrique est maximum au bord de mer, facilitant l’absorption de l’oxygène et de particules électriques tels les ions négatifs. Cette ionisation négative de l’air marin est une des richesses de l’aérosolthérapie naturelle, et dont l’action se fait sentir au niveau psychique, agissant comme régulateur de l’humeur. Beaucoup évoquent l’énervement du début de séjour lié justement à cette richesse en iode. Mais celui-ci s’estompe progressivement, à condition bien sûr de rester plus de 48 heures…

La qualité de l’eau de mer, pourtant mise à mal par les catastrophes écologiques – et peut être plus encore par la pollution sournoise au quotidien – n’en reste pas moins incontestable en raison du formidable pouvoir auto-épurateur de la mer. Il n’est pas question d’imaginer, pour la thalassothérapie, une eau de mer artificielle et stable : toutes les tentatives de reconstitution ont montré qu’elle n’avait pas les propriétés de l’eau de mer fraîche. Celle-ci est vivante pendant 24 à 48 heures, et doit donc être prélevée dans des conditions draconiennes : l’eau est pompée à distance des côtes, après une étude environnementale qui éliminera tout risque de pollution, tenant compte des courants et de leur variabilité éventuelle, ainsi que de celle des conditions climatiques locales. Ses qualités dépendront de facteurs géologiques, de la flore marine et de ses composants physico-chimiques et biologiques. Elle doit être uniquement filtrée (dans les soins individuels) pour garder intact son équilibre physico-chimique, tout en éliminant les germes nocifs pour l’homme. Les contrôles sont régulièrement réalisés. L’eau est ensuite chauffée modérément pour une utilisation optimale de ses propriétés tant biologiques que physiques. Vous comprenez bien que toutes ces conditions imposent que les centres de Thalassothérapie soient au bord immédiat de la côte.

Pourquoi l’eau de mer est-elle bénéfique ? Parce qu’il y a une quasi-identité chimique entre l’eau de mer et le plasma humain. La perméabilité cutanée (et des muqueuses) permet aux éléments marins de pénétrer l’organisme. Le corps se comporte comme une éponge ! Ces éléments marins sont les oligo-éléments, les phytoplanctons qui ont une action en surface grâce à leurs propriétés épuratrices. Agissant à la manière d’une dialyse inversée, ces derniers réalisent une sorte de plein d’énergie. Pour leur utilisation en applications externes (en thalassothérapie notamment), les algues sont ramassées, stockées en chambre froide, et seront ensuite traitées. Les différentes techniques de traitement visent à leur conserver le maximum de leurs principes actifs sans adjonction d’autres substances. Il existe trois principales techniques de préparation, toutes évitant le chauffage qui les dénaturerait : la lyophilisation, le micro-cryo-broyage, et le micro-éclatage. Le produit ainsi obtenu, sous forme de poudre micronisée ou de pâte, peut être reconditionné juste avant application en soins avec de l’eau de mer et permettra un apport optimal des substances minérales qu’elles contiennent en concentration et qualités suffisantes. En thalassothérapie, les principales algues utilisées sont le Fucus vesiculosus reconnaissable à ses boules brunes ou flotteurs remplis d’azote, et les laminaires. Au niveau de la peau, les applications d’algues sous forme de pâtes ou de masques, permet un apport nutritif pour les tissus de par la présence d’acides aminés. A cela s’ajoute l’action sur l’hydratation de la peau, la réduction de la sécrétion de sébum, mais aussi les effets anti-infectieux, cicatrisants, et régénérants. Les bénéfices de l’action des éléments marins sur l’organisme portent sur l’amélioration de la mobilité articulaire et le tonus musculaire, une meilleure efficacité cardiovasculaire, et par voie de conséquence une meilleure oxygénation, à condition que ce soit une vraie cure.

Thalassoludisme et thalassothérapie

Installés au cœur d’hôtels de luxe proposant un nombre impressionnant de services hôteliers et de loisirs, les centres gomment de plus en plus la vocation thérapeutique de la thalassothérapie. Certains séjours comptent une majorité de soins qui n’ont rien à voir avec la mer (shiatsu, réflexothérapie, coaching, méditation, sophrologie) mais qui sont présentés comme soins de thalasso. Quelques centres n’imposent même plus la visite médicale d’entrée ! Autre point noir : pour des raisons de rentabilité, les soins marins sont bien plus courts qu’autrefois et parfois enchaînés les uns à la suite des autres au détriment de l’efficacité et du confort. Il faudrait inventer un mot, “thalassoludisme” par exemple, pour distinguer ces centres-là.

Les cures à thèmes

Cure minceur, beauté, anticellulite, mal de dos, anti-stress, jambes lourdes… tous les centres proposent des cures thématiques. Ce sont des produits “marketing” dérivées de la cure marine de base qui à elle seule est suffisante, moyennant une personnalisation des soins, pour obtenir les bienfaits souhaités. Effectivement, les soins sont peu ou prou les mêmes. Ce sont surtout les soins complémentaires qui les distinguent… et qui font sérieusement monter l’addition. Un programme vraiment efficace est toujours celui que le médecin du centre a personnalisé en fonction des besoins et des envies du curiste. Les ” week -ends découverte “, des formules proposent de découvrir la thalassothérapie le temps d’un week-end de deux ou trois jours. Mais ne vous leurrez pas, vous percevrez sans doute les sensations que procurent un bain bouillonnant ou une application d’algues, mais le bénéfice santé sera nul. Certains séjours sont mêmes assez physiques La simple mise en exergue de ces trois points : CLIMAT, PRODUITS MARINS et MEDICALISATION montre toute la différence entre la thalassothérapie et les autres « aquathérapies » si vous me permettez ce néologisme. Seul le thermalisme est comparable et même supérieur sur le plan de la rigueur et du sérieux. Sinon, balnéothérapie et spas n’offrent ni l’action d’un climat sauf celui plus ou moins pollué de la ville où ils se trouvent, ni la prise en charge médicale, ni la « matière première » fraîche. Toutefois, il n’est pas question de galvauder pour autant ces dernières techniques : elles sont une réponse possible dans certaines conditions à certains besoins notamment du fait de l’éloignement des instituts de thalassothérapie, du coût des cures, de la recherche de soins plus modestes mais réguliers sur l’année, ou pour prolonger près de chez soi les effets d’une cure de thalassothérapie. Mais ne jetons pas toute la thalassothérapie avec l’eau du bain ! La France reste une pionnière dans ce domaine et dispose d’un savoir-faire qui continue de faire école dans le monde.

Posté le 11 janvier 2016 dans la catégorie Carte blanche

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