L'oeil de l'expert
L'ŒIL DE L'EXPERT - Raoul Andrews Sudre - Quel avenir pour le spa ?

Raoul Andrews Sudre

 PDG d’Aspen Resorts International et conseiller fondateur d’Aspen Spa Management LLC, Raoul Andrews-Sudre a été consultant pour plusieurs ministères et participé à de nombreux projets pour d’importantes chaînes hôtelières comme Ritz Carlton, Four Seasons, Accor, etc. (…)
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Quel avenir pour le spa ?

On aime imaginer le futur ! Certains iront consulter Madame Soleil ? Ou d’autres oracles ?
En dehors de la fascination de ce que la vie nous amènera demain il y a tout simplement un besoin de se préparer pour l’inexorable évolution de tout ce qui nous entoure.
Ne pas accepter « l’évolution » est sans doute réconfortant, mais dangereux quand on dépend de la perception de sa clientèle pour assurer sa survie économique. Quelque soit le métier qu’on exerce, on dépend de la désirabilité de ce qu’on vend ! Et même si cette désirabilité est liée à un besoin essentiel tel qu’une bonne santé et un bien-être, il y aura plus d’une option offerte a la clientèle.
Les médias, parfois les états eux-mêmes, diffuseront une information dirigée pour encourager telle ou telle voie afin de favoriser l’utilisation de ses produits ou attirer la clientèle ciblée vers des destinations spécifiques. Tout ceci est de bonne guerre, mais souvent ne représente qu’une réalité fabriquée ! Et tant qu’il n’y aura pas de version opposée et que le scénario proposé suit une certaine logique tout sera au beau fixe.
Que se passe-t-il quand subrepticement les données changent ? On discerne une faiblesse dans la demande un début de désintéressement, un brin de suspicion sur la véracité de la propagande. Il y aura alors plusieurs solutions : le refus de la réalité, le contraire est trop intimidant, ou l’acceptation du changement et la recherche de la solution ? Ce que je viens de décrire se manifeste de diverses façons au travers de la planète.
Pour la vieille Europe qui a misé sur le Thermalisme et la Thalasso, il ne faut pas abandonner un acquis de reconnaissance développée historiquement depuis des siècles, mais qui ne peut plus aujourd’hui donner les mêmes résultats qu’auparavant. Rares sont les curistes qui peuvent donner trois semaines de leur temps libre au maintien de leur bonne santé. L’exercice de réconciliation se situe dans l’adaptation de la formule aux impératifs de temps et au marketing qui doit s’harmoniser sur ce qui est proposé. Ceci a déjà commencé, les centres de Thalasso ont ajouté le mot spa à leur enseigne !
Le spa vient d’ailleurs, il offre des soins exotiques et il ne prétend pas être associé à une entité médicale ! Il incorpore une notion de plaisir opposé à la perception médicale qui vous ferait croire que si ça vous procure du plaisir ça ne peut vous faire du bien ! Notion bien connue des laboratoires pharmaceutiques qui ajoutent des produits amers à certains médicaments pour renforcer la perception d’efficacité du produit par ceux qui les absorbent.
Pour mieux comprendre le statu-quo de la situation européenne, il faut revenir en arrière et découvrir les raisons bassement matérielles qui donnèrent le jour à cette approche d’une méthode non allopathique à la santé tout en préservant le monopole que s’était octroyé la médecine dans des pays ou celle-ci dépendait de l’état. L’évolution dans ces pays sera plus difficile car bloquée par des intérêts corporatistes souvent associés à des intérêts d’état. Si un changement radical n’était pas possible, une amélioration de la façon dont les soins et l’accueil sont servis permettrait de palier un peu la faiblesse de la profession. Mais à terme, c’est l’approche de la santé et du maintien de celle-ci qui est en cause. Le monde va de plus en plus vers une vision asiatique de la santé et du bien-être, vers la prévention pour diminuer sinon éliminer la maladie, le concept même du spa va dans ce sens. Ce qui est vrai pour l’Europe l’est également pour l’Occident en général qui puise son existence dans le « Mère Européenne » en partie ou en totalité. La mondialisation, admirée ou bannie par les uns et les autres, a rendu possible une alternative à la solution universelle de la préoccupation de la santé et du bien-être. Chacun en fonction de son éducation sera plus ou moins réceptif aux différentes méthodologies et approches proposées aujourd’hui pour satisfaire ce besoin de bien vivre et de sentir bien que tous partagent. L’Afrique, qui est aujourd’hui à la recherche de son identité culturelle, subit sur ce sujet les mêmes influences coloniales qu’elle a connues dans le passé : la main mise par des puissances étrangères sur leur avenir au niveau de l’industrie du Spa.
Je suis conseil de la Présidence de l’Association Africaine du Spa et JE LEUR CONSEILLE D’IGNORER les tentatives de ces organisations européennes ou américaines de copier leurs techniques de soins, leurs protocoles, leurs critères de certification et de créer une approche de spa qui reflète leurs cultures ancestrales en utilisant les produits indigènes qui sont les leurs. Il est évident que les touristes qui vont à la découverte de ce continent seront plus charmés par une émulation d’ambiance exotique africaine que de retrouver décoration et soins aseptisés présents dans les spas à Londres, Paris ou Berlin.
Car l’avenir du Spa se situe au niveau ludique et de l’expérience exotique et non plus dans le domaine stérile du Médical. On retrouve en Asie, maintenant un désir de fusion Est-Ouest également mais celui-ci espère rendre plus acceptable sa culture « Onsen », le thermalisme japonais, a une clientèle occidentale. Cela est une tentative intéressante mais c’est encore une fois ignorer ce que recherche ce nouveau marché occidental, attiré principalement par des soins basés sur l’énergie qui sont recherchés en Occident et que les visiteurs espèrent trouver dans leur berceau ancestral et via un service exceptionnel qu’ils trouvent rarement chez eux. Le Sud-est asiatique a bien identifié cette nouvelle manne céleste, ce tourisme de santé bien-être que des millions d’étrangers viennent chercher car au-delà de l’Ayurveda et de la Médecine chinoise, il y a l’accueil et le service.
L’Amérique, elle est stigmatisée par son héritage Victorien, qui considère que de se préoccuper de son corps est vanité et péché. Un massage complet du corps dans la plupart des états de « l’oncle Sam » élimine presque la moitié de celui-ci des zones acceptables au touché et oblige les thérapeutes à couvrir avec draps et serviettes la totalité du corps. L’avenir proche ici, va voir une libéralisation de ces règles désuètes, non pas par un changement de moralité mais tout simplement du à la perte de revenus ! Beaucoup de touristes étrangers, n’acceptant pas ces restrictions, refusent de les commander ! La Floride par exemple a changé ses lois sur la couverture du corps à la demande des exploitants de spa dans les hôtels qui étaient en première ligne de la perte de revenus causée par ces lois qui datent des années 20 et qui avaient été imposées pour combattre la prostitution déguisée derrière les salons de massage. La grande majorité des spas américains aujourd’hui commence à comprendre que le succès d’un spa comme dans la plupart des commerces passe par l’écoute de la clientèle afin de satisfaire ses besoins : une attention personnalisée, une chaleur humaine qui disparaît avec l’invasion inexorable de la technologie.
En conclusion nul n’a besoin d’un Nostradamus pour voir l’avenir, il suffit d’ignorer ses préjugés, être à l’écoute de ceux que l’on veut satisfaire et faire le maximum pour exaucer leurs désirs.

Posté le 5 septembre 2016 dans la catégorie Carte blanche

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