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Société

#JourdApres, la tribune du Dr Gramada : la médecine thermale : une médecine à visage humain

Temps de lecture : 3 minutes


Par Simona Gramada, médecin rhumatologue 
Secrétaire générale du SNMTh
Syndicat national des médecins thermaux



Écrire sur l’avenir du
thermalisme n’est pas une tâche facile. Après réflexion, je me suis dit que cela était plutôt prétentieux d’essayer (même si finalement, je suis en train de le faire !), car le thermalisme est une vraie « institution », qui a traversé le temps, les modes, les époques, et aussi parce que nous ne pouvons parler que de notre propre avenir, intimement lié à la relation médecins et patients. 

Mon histoire personnelle avec le thermalisme a commencé pendant un remplacement effectué à Dax, en 2017. En venant dans cette station thermale, je voulais découvrir ce que mes patients avec des problèmes rhumatologiques vivaient en dehors de leur cadre habituel ou de mon cabinet de rhumatologie. Je cherchais aussi à comprendre quelles autres perspectives étaient les leurs quand je les envoyais faire une cure thermale pour soulager leurs douleurs chroniques mais, hélas, le plus souvent, sans solution durable !

Je n’ai jamais regretté cette expérience. Au contraire, elle m’a incitée à m’installer à Saint-Paul-lès-Dax pour y exercer. Car j’ai vu pour la première fois « mes » patients sous un angle incroyablement nouveau. Les patients qui arrivaient souvent dans mon cabinet de rhumatologue un peu déprimés, un peu rancuniers, un peu ronchons, jamais soulagés complètement ; d’un seul coup étaient souriants et relaxés. Cela fut une forte surprise pour moi et je me rappelle avoir ressenti un brin de jalousie : « Tous mes patients sont en vérité capables de sourire dans le cabinet du collègue que je remplaçais, et pas dans le mien ! ». Depuis, mon expérience s’est enrichie constamment. Et j’ai compris, une fois installée à Saint- Paul, que dans mes consultations « d’avant », le temps consacré à la dimension humaine – à savoir parler du contexte familial, social, professionnel avec mes patients, de la dimension culturelle de leur vie, de leurs loisirs ou simplement des croyances et de leurs expériences – était écourté (faute de temps, d’énergie), était réduit au minimum à cause d’un agenda trop chargé et focalisé sur l’urgence de répondre aux douleurs aiguës.

Combien de fois ai-je entendu depuis que je suis à Saint-Paul-lès-Dax : « Docteur, je peux vous poser une question ? » Et de m’expliquer qu’il n’est possible de me la poser qu’à moi pour de multiples raisons : « Mon médecin, je le connais depuis trop longtemps » ou « il est devenu presque mon ami, quelqu’un de la famille » ou encore « il n’a pas le temps », « il me connaît trop bien », « il va être surpris », « il me demande de lui parler d’un seul problème par consultation », « je suis un peu gêné de lui poser cette question », et j’en passe… 

Nous, les médecins thermaux, nous sommes pendant les trois semaines de cure leur généraliste, mais nous devenons plus encore, nous devenons cette instance qui rend possible des échanges complexes dans les différents registres qui composent la personnalité de nos patients. Nous devenons un peu leur éducateur, leur parent, leur guide, leur psychologue, le vétérinaire de leur chat (anecdotique), leur spectateur, leur « déesse de la boue » (quand ils décident de faire la parade de charme et de compliments), leur perplexe auditeur – « je n’aime pas les médicaments et les docteurs et c’est pour ça que je suis là ! » – leur conseiller, leur ambassadeur pour les diriger vers d’autres spécialités médicales.

Le contexte actuel, la crise sanitaire sans précédent que nous traversons, nous mobilisent via des vidéoconférences ou des conférences téléphoniques pour organiser des groupes de travail chargés de mettre au point les conditions sanitaires, les soins, le matériel nécessaire pour le redémarrage de l’activité thermale le moment venu.

Un peu dans l’ombre actuellement, notre organisation, le Syndicat nationale des médecins thermaux, est mobilisée plus que jamais pour que demain, dans le nouveau cadre réglementaire qui sera défini, nos stations thermales, auxquelles nous sommes tant attachés, puissent rouvrir dans les meilleures conditions.

Nous nous projetons dans l’avenir avec en tête une expression déjà consacrée à la télévision, « l’époque de la révolte de la nature et des femmes », en regardant cet épisode comme une histoire épique mouvementée, mais riche en changements plein de sens. Au milieu de tout cela, le thermalisme écrit un chapitre qui ressemble à une citation tirée d’un livre de Michel Onfray : « La sagesse, c’est savoir vivre au pied d’un volcan ».   

Il faudra s’en souvenir.  

 

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