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Société

Veolia – Suez : le super champion français de l’eau verra-t-il le jour ?

Temps de lecture : 3 minutes


Les projets d’acquisition de Suez par Veolia rencontrent la gêne de l’état français et des maires ainsi qu’ils font face à l’opposition du tribunal judiciaire de Paris. Une opération sans précédent dans l’histoire de la gouvernance industrielle de l’eau en France.

Cela fait plus d’un mois que le sujet inonde les médias. Deux géants français de l’eau, deux concurrents, qui pourraient bientôt ne faire plus qu’un. Le premier, c’est Veolia, numéro un mondial du traitement de l’eau et des déchets, 190 000 salariés. Le second, Suez, dans son rôle de numéro deux, 90 salariés. Au milieu, l’état français, actionnaire minoritaire. Mais pourquoi Veolia cherche à racheter son rival Suez alors qu’il domine déjà son secteur? 

Une offre de rachat qui n’est pas due au hasard…

Tout commence le 30 août, lorsque Veolia annonce avoir remis une offre à 2,9 milliards d’euros visant à racheter 29,9 % des actions de Suez détenues par Engie pour former un “super champion mondial français de la transformation écologique”. Cette offre téléguidée, survient en fait, presque qu’un mois jour pour jour après que les annonces d’Engie faisant état d’une réflexion sur la cession de certaines de ses activités.

Le PDG de Veolia, Antoine Frérot, a donc saisi la perche tendue et affiché son souhait de prendre possession d’une grande partie des actions détenues par le groupe industriel. Mais pas dans leur globalité. Car Engie possède 32 % du capital de Suez. Et au-delà de 30 %, une offre publique d’achat (OPA) est obligatoire, c’est-à-dire qu’ à partir de ce seuil, la proposition de rachat doit porter sur l’ensemble des actions. La procédure s’avère donc plus complexe. 

Quoi qu’il en soit, cette première offre, qui doit arriver à échéance le 30 septembre, ne reçoit pas un accueil favorable de la part de Suez. Ce qui conduit Veolia à mettre sur la table une seconde proposition fin septembre. Celle-ci est regonflée à hauteur de 3,4 milliards d’euros. Et, surtout, Veolia s’engage à ne pas lancer d’OPA sur les 70,1 % d’actions restantes dans les six mois.

L’entrée d’un fonds d’investissement…et son abandon

Cette deuxième proposition semble prendre, malgré quelques atermoiements. Le 1er octobre, alors que Veolia a accordé 5 jours de délai à Suez pour examiner son offre, Ardian entre dans la danse (provisoirement). Ce fonds d’investissement montre de l’intérêt pour les parts d’Engie, les mêmes 29,9 % convoitée par Veolia. Les équipes de Suez (conseil d’administration, direction et salariés) s’avèrent enthousiastes. Mais le 4 octobre, à la veille de l’échéance de l’offre de Veolia, Ardian abandonne et ne dépose finalement pas de contre-offre. 

Le 5 octobre, le conseil d’administration d’Engie finit par approuver l’offre de Veolia. Mais insiste bien sur l’engagement du groupe à “ne pas déposer d’offre publique d’achat hostile à l’issue de l’acquisition de la participation d’Engie dans Suez”. Dans la foulée, le transfert des titres et la transaction des 3,4 milliards ont été réalisés le lendemain. Cependant, la bataille ne s’arrête pas là… 

L’opposition de l’Etat et de Suez

Deux remparts majeurs persistent. Premièrement : l’Etat français, actionnaire d’Engie à hauteur de 22 %. Il ne peut adopter une position d’arbitre, n’étant majoritaire ni chez Veolia, ni chez Suez, mais son avis importe. Et le 5 octobre, l’Etat prend position et vote contre l’opération ;  le ministère de l’Economie s’explique : “en l’absence d’accord amiable entre les deux entreprises Veolia et Suez”. 

Deuxièmement : les équipes de Suez. Le conseil d’administration juge l’offre de Veolia hostile et s’oppose à la décision d’Engie. De même que les représentants syndicaux. Le tribunal judiciaire de Paris a d’ailleurs été saisi en référé par des comités sociaux et économiques (CSE) de Suez. La décision de l’instance marque une nouvelle étape dans le bras de fer : elle a statué, le 9 octobre, pour la “suspension de l’opération” de rachat et demande le lancement d’un processus de consultation des CSE. Veolia et Engie ont d’ores et déjà fait appel de la décision. 

Pourquoi cette fusion ?

Les tenants et aboutissants de cette opération qui mêlent les deux leaders mondiaux des « services à l’environnement », a pour toile de fond le marché de l’eau en France, en matière d’eau potable et d’assainissement.

Aujourd’hui, le marché des services à l’environnement représente 1 400 milliards d’euros annuels dont 600 milliards pour l’eau, 400 milliards pour les déchets, et 400 milliards pour les services à l’énergie. Avec le réchauffement climatique et la nécessité de valoriser les ressources, l’eau et les déchets sont devenus des enjeux de développement dans ce secteur. Pour capitaliser sur cette expansion et tenir sa position de leader, Veolia entend mettre la main sur Suez pour fusionner leurs deux offres actuellement dominantes.

En absorbant Suez, Veolia pourrait récupérer la présence de son concurrent dans une trentaine pays quand lui l’est dans une cinquantaine, et s’assurer de facto une présence sur les cinq continents. Le groupe pourrait alors accroître son activité dans des régions du monde où le marché des services à l’environnement explose, en Amérique latine, au Moyen-Orient, aux Etats-Unis et en Asie. Il porterait son chiffre d’affaires à 41 milliards d’euros et pèserait à hauteur de 3 % sur le marché mondial de l’eau, des déchets et de l’énergie.

 

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