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200 ans après la découverte de l’Antarctique, 26 pays doivent s’accorder pour sauver son océan 

Temps de lecture : 4 minutes

95 % de l’océan Austral reste encore à protéger, et son avenir se joue en ce moment, à la Conférence pour la conservation de la faune et de la flore marines de l’Antarctique. Ils sont 26 pays à devoir s’entendre unanimement…

Protégé depuis 60 ans par un traité international, l’Antarctique est considéré comme le dernier véritable désert du monde. Toujours représenté comme une bande blanche en bas de la mappemonde, il s’agit d’un territoire immense, près de 50 fois plus grand que les États-Unis ou 1,4 fois plus grand que l’Europe, qui possède son propre océan, l’océan Austral, qui couvre 10 % de la superficie des océans mondiaux et abrite un écosystème marin parmi les moins modifiés de la planète.

Un océan à protéger

Mais cet océan est bien moins protégé que les terres qu’il entoure. Seulement 5 % de sa surface l’est. Alors que les milliers d’espèces qui l’habitent au-dessus de la banquise – manchots, phoques ou baleines – et en dessous – calmars, étoiles de mer ou krills – sont au cœur d’un réseau alimentaire vital pour la santé de la planète.

Pour protéger les 95 % restants, victimes des perturbations provoquées par la pêche industrielle et le changement climatique, a été créée, en 1982, la Commission pour la conservation de la faune et de la flore marines de l’Antarctique (CCAMLR). Son objectif est simple : conserver la vie marine en Antarctique. Depuis lors, la Commission a établi des pratiques de gestion de pêches fondées sur le respect des écosystèmes et la création d’un réseau d’aires marines protégées (AMP) à grande échelle autour de l’Antarctique.

 


La Commission pour la conservation de la faune et la flore marines de l’Antarctique (CCAMLR)

Intérêts des AMP

En 2002, la CCAMLR est devenue le premier organisme international à s’engager dans la création d’un réseau d’AMP, à la suite des recommandations du Sommet mondial des Nations unies sur le développement durable. Neuf ans plus tard, ses gouvernements membres ont approuvé la mesure pour la création d’un tel réseau et identifié neuf domaines de planification pour les futures AMP. À l’époque, la CCAMLR avait déjà établi une aire protégée pour le plateau sud des îles Orcades du Sud (2009), la première AMP de haute mer au monde. En 2016, elle a créé une autre AMP dans la région de la mer de Ross. Ensemble, ces AMP couvrent 2,2 millions de kilomètres carrés.

L’intérêt de ce réseau est double. D’une part, il favorise la mise en relation des nombreux écosystèmes uniques de l’océan Austral, permettant à la vie marine de migrer vers les zones protégées pour la reproduction et la recherche de nourriture. D’autre part, il contribue à répondre aux divers objectifs mondiaux de protection des océans.

Selon les scientifiques, les AMP permettent le stockage d’au moins 30 % des besoins mondiaux et d’aider à reconstruire et à gérer les stocks de poissons appauvris, qui s’ajoute comme un objectif urgent à la menace du changement climatique.

Pour qu’une AMP soit efficace, elle doit être grande, isolée et prohiber toute tentative d’extraction de poissons ou de toute autre ressource.

Une autre fonction capitale du réseau AMP est qu’il protège les voies de migration et les habitats : une garantie afin que les populations restent connectées et une contribution à la résilience dans un environnement en mutation.

Convaincre la Russie et la Chine

Depuis le 19 octobre, et jusqu’au 30 octobre, les 26 membres (dont l’Union européenne) de la CCAMLR sont « virtuellement » réunis pour évoquer la création de trois nouvelles AMP : la mer de Weddell, l’Antarctique oriental et la péninsule antarctique. La création de ces nouvelles AMP étendrait les protections antarctiques à 20 % de l’océan Austral – ou 1 % des océans de la planète –, et permettrait que plus de trois millions de kilomètres carrés de l’océan Austral soient réglementés et protégés de toute sorte d’activités humaines, soit la plus grande aire marine protégée au monde.

L’urgence est aussi à la prise de décision. Les preuves de la détérioration de cette région sont nombreuses. Les scientifiques qui y travaillent constatent les dégâts. L’Institut antarctique argentin, qui utilise des colonies de pingouins comme indicateurs de la santé des écosystèmes, a déclaré que leur taille serait amenée à réduire de 70 %. Une conséquence inévitable si rien n’est fait pour protéger le krill, pêché en abondance et principale ressource alimentaire des espèces. Le niveau de la banquise est également préoccupant. Le capitaine de corvette, Engelbert Mori, chef de la base de recherche chilienne Arturo Prat dans les îles Shetland du Sud, a récemment indiqué que l’océan ne gèle plus qu’un mois à un mois et demi, quand il gelait pendant quatre à six mois il y a 20 ans.

Sachant que 2020 marque les 200 ans de la découverte de l’Antarctique ainsi que les 61 ans du Traité sur l’Antarctique, la symbolique donne une toile de fond particulière à l’accord en discussion. Mais pour promulguer ces nouvelles AMP, un accord à l’unanimité doit être voté. Or la Russie et la Chine adoptent depuis 2017 des positions récalcitrantes, notamment en mer de Ross. L’occasion devrait leur être donnée de le rappeler. Pourquoi ces deux pays sont-ils réfractaires ? D’après certains experts, cela viendrait de leurs craintes de perdre l’accès à des ressources halieutiques et minérales. Pour le moment, les espoirs d’une entente sont minces et fondés sur l’engagement politique au plus haut niveau de membres comme la France, l’Australie et l’Union européenne.

©Photo à la une: image par Martin Fuchs de Pixabay

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