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Société

L’eau du Mékong, levier de pouvoir en Asie du Sud-Est

Temps de lecture : 2 minutes


Accusée d’assécher ses voisins, la Chine ne semble pas prête à arrêter de construire des barrages sur le Mékong, alors même que ces ouvrages représentent une menace pour tout l’écosystème du fleuve.

Habituellement, le prodige se produit deux fois par an. Au cœur du Cambodge, le cours de la rivière Tonlé Sap, alimentée par le Mékong, s’inverse. Une singularité de la nature qui s’explique par la hausse du débit du quatrième plus gros fleuve d’Asie, à cause de la mousson. L’eau s’écoule alors depuis le Mékong en direction du lac Tonlé Sap qui s’agrandit alors pour atteindre cinq fois sa surface durant la saison sèche, devenant ainsi une réserve majeure de poissons pour les pêcheurs. Pour la deuxième année consécutive, en 2020, le renversement n’a pas eu lieu.

L’impact sur les ressources naturelles

L’affaiblissement du Mékong, qui nourrit des millions d’individus dans les pays qu’il traverse (Chine, Birmanie, Thaïlande, Laos, Cambodge, Vietnam), entraîne des conséquences majeures : sécheresse, appauvrissement des stocks de poissons, sédimentation du limon, dont les nutriments cessent progressivement de s’écouler en aval, diminution des rendements de la riziculture, entre autres. 

Une question se pose alors : qui sont les responsables ? Le changement climatique ne serait pas le seul coupable : les barrages sont largement pointés du doigt. Une équipe de recherche internationale a publié des travaux en ce sens dans la revue Ambio. Selon les auteurs, si le rythme de construction de barrages ne ralentit pas, les bénéfices liés à la production de ressources aquatiques seraient perdus en quelques décennies. D’ailleurs, d’après une étude d’Alan Basist et Claude Williams, financée par le département d’État américain et éditée en avril 2020, la Chine serait le principal coupable.

L’eau du Mékong, levier de pouvoir en Asie du Sud-Est

C’est à la fin du XXe siècle que la construction frénétique de ces barrages a été lancée. 

Au total, 11 ouvrages sont construits en Chine sur le cours d’eau. Les équipements installés sur le Lancang Jiang, nom donné à la portion du fleuve traversant le territoire, sont systématiquement dotés de centrales hydroélectriques. La République populaire de Chine affiche d’ailleurs un objectif de développement économique durable, mais aussi le déploiement des énergies vertes en réponse aux besoins croissants. 

Pour certains, en revanche, ce serait un levier de pouvoir. Les barrages offriraient des moyens de pression sur les autres États où passe le Mékong, en permettant aux autorités de retenir la précieuse ressource ou d’ouvrir les vannes à volonté. Déjà, à l’été 2019, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo avait déclaré que Pékin prenait le contrôle du fleuve, estimant que la Chine avait décidé de couper l’eau, déclenchant un épisode de sécheresse. 

Or la Chine n’est pas seule, le Laos participe également à l’émergence d’infrastructures sur le fleuve. Bien que ce ne soit pas le premier dans le pays, le méga-barrage hydroélectrique de Xayaburi, achevé en 2019 et destiné à vendre de l’énergie à la Thaïlande, a suscité de nombreuses oppositions. Les ONG redoutent ainsi un impact environnemental massif, sur le niveau d’eau du fleuve, ses ressources piscicoles et son écosystème en général. Et la frénésie des barrages semble avoir atteint le gouvernement du Laos, qui a d’ores et déjà annoncé la construction d’un nouvel ouvrage…

© DEZALB – Pixabay

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