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24 juillet 2020
AQUÆ, le journal BtoB des filières Tourisme, Santé & Bien-être
Carte Blanche

#JourdApres, la tribune de Dominique Riquet : le tourisme de santé, un atout que l’Europe doit préserver

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Modifié le Temps de lecture : 3 minutes


Par Dominique Riquet
Député européen
Vice-président du groupe Renew Europe
Membre de la commission des transports et du tourisme
Président de l’intergroupe sur les investissements durables et de long terme 



Les difficultés que traverse le secteur du tourisme en raison de la pandémie de COVID-19 nous poussent à intensifier la réflexion sur l’avenir du tourisme en Europe. Représentant 10 % du PIB et 12 % de l’emploi dans l’UE, soit 23 millions d’entreprises (dont 90 % de PME), ce secteur revêt une importance stratégique pour notre économie. À un moment où nos modes de vie sont repensés en profondeur et où les problématiques de santé et de bien-être occupent une place croissante dans le débat public, le tourisme de santé, qui englobe le tourisme médical, thermal et de bien-être et pour lequel l’Europe dispose de solides atouts, doit occuper une place de choix dans la future stratégie européenne pour le tourisme. 

Durant la période la plus critique de la pandémie, les pouvoirs publics ont donné la priorité à la dimension sanitaire, entraînant un arrêt total des activités touristiques. En ce début de saison estivale, la sécurité sanitaire doit demeurer un prérequis à toute reprise d’activité, mais il est nécessaire d’opérer un calcul équilibré entre la santé publique et les conséquences économiques, sociales et de santé d’un arrêt prolongé de l’économie. Cette question se pose avec d’autant plus d’acuité pour le tourisme de santé, qui a un rôle important à jouer dans le contexte actuel de tension sanitaire généralisée.

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Cette période nous invite ainsi à réfléchir à la manière de renforcer la résilience, la durabilité et la compétitivité du tourisme en Europe. Le tourisme de santé fait partie de la solution. Il s’inscrit directement dans une conception plus vaste de tourisme durable en protégeant et en valorisant la singularité des territoires locaux et des patrimoines naturel, culturel et historique associés. Il permet aussi de réduire la saisonnalité en fournissant un éventail plus large d’offres et en prolongeant la saison touristique. Il nécessite enfin une main-d’œuvre qualifiée, avec donc des effets positifs sur le marché du travail dans les zones concernées. 

Le tourisme thermal mérite une attention particulière au regard de ses vertus thérapeutiques. Ancrée de longue date dans l’héritage culturel européen, l’Europe dispose d’un avantage compétitif grâce aux nombreuses stations thermales disséminées sur l’ensemble du continent. Leur fréquentation peut s’avérer nécessaire pour des clients médicaux, ayant besoin de traitements après de longues semaines de confinement, et attractive pour des clients non médicaux, désireux de bénéficier de soins thermaux. Ces stations thermales constituent par ailleurs des bassins d’emplois rassemblant hôtels, restaurants, commerces de proximité, activités touristiques diverses et établissements médicaux, qui comptent tous sur une reprise d’activité rapide et sûre. Si les stations thermales sont bien équipées et habituées à assurer des standards d’hygiène élevés, les nouvelles mesures de distanciation physique et les protocoles de désinfection imposent néanmoins des contraintes supplémentaires. Les aspects financiers et la lourdeur logistique, technique et administrative inhérente à une remise en route risquent de peser sur les acteurs du tourisme thermal, qui représente un atout stratégique pour le tourisme européen. Les autorités locales, comme les structures organisatrices, devront déployer des efforts pour regagner la confiance du public. 

Une action politique européenne forte en faveur du tourisme en santé, et du tourisme en général, s’avère donc nécessaire. Associé aux loisirs, le tourisme a été trop souvent négligé dans l’élaboration des politiques publiques alors qu’il s’agit d’un écosystème complexe doté d’un poids économique significatif alliant des problématiques de transport, de santé, environnementales, sociales, numériques, culturelles, linguistiques, etc. L’Europe constitue un échelon pertinent pour traiter de ces sujets vu sa nature intrinsèquement transnationale. Pourtant, il n’existe pas encore de véritable politique européenne du tourisme – en témoigne l’absence de ligne budgétaire dédiée à ce sujet. L’action européenne se limite à des soutiens financiers sporadiques, sans véritable stratégie d’ensemble. Néanmoins, la mobilisation de l’UE en faveur du tourisme est aujourd’hui croissante. Dès le début du mois d’avril, la Commission européenne a identifié le tourisme parmi les 14 écosystèmes prioritaires de la relance européenne. Au Parlement européen, et surtout actuellement dans le cadre des négociations budgétaires, je me bats depuis plusieurs années avec mes collègues pour l’instauration d’une enveloppe budgétaire spécifique pour le tourisme, appelée de leurs vœux par les nombreux acteurs de la filière. 

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La stratégie européenne pour le tourisme devra assurer une reprise d’activité sûre sur le plan sanitaire, mais aussi des mesures ambitieuses articulant durabilité des infrastructures de transport et d’hébergement, formation aux compétences professionnelles et promotion des territoires disposant d’infrastructures et de ressources naturelles pertinentes pour le tourisme de santé. 

Une prise de conscience du caractère résolument européen de tourisme semble se profiler. Un sommet sera d’ailleurs organisé cet automne destiné à définir une vision commune à l’horizon 2050. L’Union a été bâtie sur la valeur cardinale de la liberté, qui se traduit entre autres matériellement dans nos vies par la mobilité – et donc, les voyages et le tourisme, structurants dans l’émergence d’une identité européenne. Ayons à cœur de sortir des idées préconçues sur le tourisme pour qu’il ne soit plus le parent pauvre des politiques publiques européennes.

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