26 mai 2020
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Du bon usage de la prévention dans la santé

Temps de lecture : 4 minutes


Face à la crise sanitaire mondiale liée à la pandémie de coronavirus, les systèmes de santé vont être amenés à se transformer, notamment pour mieux se préparer en cas de nouvelle épidémie. Et si la prévention était la clé ?

« La pandémie de COVID-19 finira par marquer le pas, mais il n’y aura pas de retour à la normale. Il faut cesser de se précipiter à débloquer des fonds dans la panique tout en laissant de côté la préparation ». Le secrétaire général de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) explicite ici ce que la crise du coronavirus a mis en lumière : les systèmes de santé ont eu des difficultés et une évolution semble inéluctable, en premier lieu afin de mieux répondre à d’éventuelles futures pandémies. Tedros Adhanom Ghebreyesus estime donc qu’investir dans la santé et dans la prévention est la meilleure des stratégies pour les gouvernements. Comme il le dit, « non seulement il vaut mieux prévenir que guérir, mais cela coûte aussi moins cher ». 

Un virage préventif qui pourrait reposer sur la médecine des 4P : personnalisée, préventive, prédictive et participative. Si on peut prédire l’apparition d’une pathologie, on n’aura donc pas à traiter. Et si un individu connaît ses chances de développer la maladie d’Alzheimer ou un cancer, il sera possible de mettre en place des mesures de prévention ciblée. 

Charles Auffray, président de l’EISBM (European institute for systems biology and medicine), en est convaincu. « Cette médecine proactive permet, enfin, de mettre en œuvre une approche systémique, cest-à-dire qui prend en compte non seulement lensemble des aspects biologiques et médicaux, mais également limpact des relations humaines (familiales, professionnelles, sociales, environnementales, etc.) sur la santé ». Le biologiste systémicien a d’ailleurs lancé un appel en ce sens avec une centaine de chercheurs, en 2017, qui a été mis au jour au regard de la crise actuelle. Il y évoque l’idée d’une « alliance mondiale pour la santé et le bien-être » qui aurait vocation à déployer cette médecine systémique de manière globale. Celle-ci ne pourrait fonctionner qu’en alliant les organisations  internationales, les gouvernements, la société civile ou encore les associations de patients. De même que les industriels.

Les nouvelles technologies pour être responsable de sa santé

Mais attention, le modèle de médecine des 4P ne s’appuie pas uniquement sur la prédiction. La participation et la personnalisation sont également essentielles. C’est là que les nouvelles technologies entrent en piste.

Les outils de santé connectée, qui ont tenu une place spécifique pendant la crise sanitaire, notamment pour parer à l’isolement lié aux mesures de confinement, pourraient venir soutenir les stratégies de prévention de deux façons. En faisant le lien entre l’utilisateur et les professionnels de santé (participation). Et en offrant de nombreuses données sur les individus et leur état de santé afin de proposer des stratégies de prévention adaptée (personnalisation).  

Autre point positif : ces technologies permettent de mieux se connaître. Pour le scientifique et prospectiviste Joël de Rosnay, les technologies de santé offrent la possibilité aux individus de devenir responsables de leur santé. 

En parallèle, des centaines de milliers de données peuvent être exploitées. L’intelligence artificielle entre alors en jeu pour analyser et comparer massivement les informations. Un apport certain à la médecine des 4P, en particulier dans sa visée prédictive. 

La médecine thermale pour maîtriser les maladies chroniques

À l’aune de la pandémie, d’autres facteurs, possibles futurs leviers de prévention, sont apparus. C’est le cas de la médecine thermale qui peut aider à la prise en charge des maladies chroniques. Elle pourrait ainsi prendre une place plus importante dans le système de santé et agir autant sur la prévention que comme solution d’accompagnement des malades qui ont été contaminés par le coronavirus.

Comme l’a affirmé Claude-Eugène Bouvier, délégué général du CNETh (Conseil national des établissements thermaux), dans sa carte blanche du 11 mai, « la crise a révélé que certaines maladies chroniques sont des facteurs majorant la sévérité de l’atteinte par coronavirus ». Dès lors, il identifie deux enjeux de santé publique : la prévention, mais aussi le contrôle des maladies chroniques. La médecine thermale, en tant que médecine préventive, a son rôle à jouer. 

À l’international, diverses organisations du secteur espèrent elles aussi voir un retour de la balnéothérapie au cœur des politiques de santé publique. Et on a lancé des initiatives dans cette optique.

Le workshop organisé par la Femtec (Fédération mondiale d’hydrothérapie et de climatothérapie) le 28 avril dernier, et réunissant des experts internationaux, a mis en lumière différents projets en cours. En France, par exemple, des discussions ont été engagées avec les pouvoirs publics, notamment sur la prise en charge en cure thermale de patients en rémission du COVID-19.

De son côté, l’association européenne des stations thermales et des centres de bien-être, l’ESPA (European Spas Association), va même jusqu’à affirmer que cette période de crise sanitaire pourrait représenter un « moment historique pour la renaissance et la reconnaissance de la balnéothérapie ». 

Soigner l’environnement pour être en bonne santé

Dernier point, la crise du coronavirus a fait émerger un autre facteur majeur : l’environnement. En particulier parce que la piste de l’origine animale du virus est largement plébiscitée par la communauté scientifique. 

La notion de santé environnementale est d’ailleurs mise en exergue par certains professionnels de santé. Elle s’appuie sur le fait que la bonne santé n’est pas que l’absence de maladie. La définition de l’OMS le confirme, il s’agit d’un « état de complet bien-être physique, mental et social ». La prise en compte de l’environnement s’avère donc cruciale.

Fervent défenseur de la prévention, Alain Grimfeld, président du Comité de la prévention et de la précaution auprès du ministère de la Transition écologique et solidaire, affirme que connecter la santé à l’environnement permettrait d’être au plus près de cette définition. Le pédiatre a donc lancé un appel à la « Construction d’une nouvelle politique sanitaire, économique, sociale et environnementale ». Il préconise notamment de mettre en place un programme d’enseignement Santé et Environnement. Ou encore des campagnes de prévention et d’éducation en santé.

© Javier Allegue Barros – Unsplash

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