26 mai 2020
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Été 2020 : Des vacances hexagonales, vertes et rurales pour les français

Temps de lecture : 4 minutes

À l’heure du déconfinement, la filière touristique prépare la reprise. Pour respecter la distanciation sociale et la limitation des déplacements, la saison estivale se profile en faveur d’un tourisme de proximité.

La reprise de l’activité économique post confinement doit signer la relance du tourisme en France, déclaré « priorité nationale » par le gouvernement. Mais le secteur se confronte à un obstacle de taille : les limitations de déplacement à moins de 100 km sur le territoire et au-delà des frontières nationales. Un concept pourrait représenter une solution : le tourisme de proximité

C’est en tout cas ce qu’assure le secrétaire d’État en charge du Tourisme, qui explique que les limitations de déplacement, qui s’appliquent au moins jusqu’au 2 juin, pourraient être abaissées progressivement et les cercles élargis de façon concentrique si la population reste vigilante sur le respect des gestes barrières. Jean-Baptiste Lemoyne juge d’ailleurs le moment opportun pour une transformation du tourisme vers des habitudes plus responsables et en adéquation avec l’environnement. Le tourisme local pourrait également être vert : « Mon objectif, c’est que le tourisme français soit le pionnier du tourisme de demain. Les attentes des consommateurs vont évoluer. Avant, nous prenions des avions toujours plus gros, pour aller toujours plus loin, dans des endroits où l’on était toujours plus nombreux… À nous d’être créatifs, d’adapter notre offre, d’inventer ce tourisme qui sera sûrement tourné vers des expériences plus authentiques et plus respectueuses de l’environnement ».

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Promouvoir les destinations locales…

Ce tourisme local, l’Umih (Union des métiers et des industries de l’hôtellerie) le met aussi en avant. L’organisation professionnelle estime qu’il est particulièrement important, cette année de « partir, consommer et produire en France ». Le 18 mai, conjointement avec ses syndicats associés, dont le GNC (Groupement national des chaînes hôtelières), elle a ainsi lancé une campagne digitale baptisée « Partir en France, c’est tendance ! ». Afin de mettre en avant les professionnels français du tourisme (hôtels, restaurants, cafés, établissements de nuit, thalasso, bowlings), elle s’appuie sur le #VacancesFrance.

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Alors que les Français vont effectivement pouvoir partir en vacances cet été, même si ces restrictions étaient levées, ils sont invités par le gouvernement à préférer des voyages au sein de l’Hexagone. Et selon un baromètre Campings.com, 90 % d’entre eux sont prêts à respecter cet appel. Un choix motivé à 40 % par une volonté de soutenir le tourisme et l’économie nationale.

Dans ce contexte, les destinations rurales pourraient tirer leur épingle du jeu. Et ce, parce qu’elles présentent un atout particulièrement recherché en cette période de crise sanitaire : la faible densité démographique. En effet, alors que la distanciation sociale est le maître mot pour faire reculer la pandémie de COVID-19, il y a fort à parier que les touristes se tournent prioritairement vers des lieux reculés et moins peuplés. Mais aussi que l’envie de grands espaces se fasse ressentir, en particulier pour les citadins qui ont passé leur confinement dans un appartement. 

Une tendance au tourisme vert confirmée par les résultats d’une enquête d’Airbnb fondée sur les recherches des utilisateurs français entre le 15 avril et le 15 mai. Ainsi, 16 % des usagers se tourneraient vers des vacances à la campagne, qui arrivent donc en deuxième position des demandes, derrière les stations balnéaires.

… à moins de 100 km…

Mais avant tout, il faut avancer étape par étape. Car pour l’instant, les destinations doivent remplir un critère plus strict que le fait de se trouver en France : être situées à moins de 100 km du domicile du voyageur. En tout cas jusqu’à nouvel ordre. 

Les beaux jours arrivant et l’appel de la liberté étant de plus en plus fort après presque 2 mois de confinement, la population recommence à sortir et, notamment, à planifier des weekends en extérieur. Alors que les hôtels n’ont pas encore amorcé leur réouverture, un premier indicateur permet d’observer cette tendance : les réservations de gîtes. Solange Lescure, directrice des Gîtes de France, le confirme : même si les chiffres sont bien en dessous de la normale, une reprise des réservations est remarquée dans un rayon de 100 km autour des grandes métropoles.

Prenant en compte cette problématique, des professionnels du secteur se sont déjà emparés de la contrainte et ont développé des outils pour accompagner les individus dans la recherche d’activités touristiques et de loisirs autour de chez eux. 

À l’instar du Guide Michelin qui a lancé une édition gratuite « spéciale déconfinement » baptisée Voyage au bout de la rue – 100 km autour de chez vous. Ce premier volume, consultable en ligne, se consacre aux villes de Bordeaux (33), Lyon (69), Marseille (13), Nantes (44) et Paris (75). D’autres destinations devraient suivre.

Dans cette même veine, une plateforme inédite a vu le jour à l’aune du déconfinement : le générateur d’idées de voyages ExploreLaFrance.fr. Une initiative portée par des startups de la French Travel Tech, le blog de voyages GenerationVoyage.fr et Sportihome.com, une interface de logements entre sportifs. Le dispositif permet, par géolocalisation de l’utilisateur, de proposer des sites et des activités dans le rayon de déplacement autorisé. Le site web, qui compte plus de 1 400 points d’intérêt, affiche son souhait de soutenir l’économie locale : « L’objectif de #ExploreLaFrance est de promouvoir la destination France et de motiver les Français à passer leurs vacances en France. Le but est de provoquer un élan citoyen et solidaire pour relancer l’économie locale ».

… et, après, le tourisme européen ?

Deuxième étape à envisager : la relance du tourisme à plus grande échelle. Notamment au niveau européen. Car, comme en France, la filière représente une part majeure de l’économie pour de nombreux pays du Vieux Continent. 

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Le mathématicien Miquel Oliu Barton et l’économiste Bary Pradelski en sont convaincus. C’est pourquoi ils ont développé une méthodologie pour « sauver la saison touristique européenne », présentée dans une tribune du Monde le 9 mai dernier. Il s’agit de s’appuyer sur le système de zones vertes et rouges comme socle d’une stratégie coordonnée pour favoriser les déplacements de manière sécurisée. En premier lieu, un « marquage vert certifié UE » devrait être défini. Pour les pays où l’épidémie est maîtrisée, comme la Grèce ou le Danemark, le marquage serait national. Lorsque ce n’est pas le cas, comme en France, en Italie ou en Espagne, il serait territorial. Dans un deuxième temps, l’idée est de mettre en place un « réseau européen de zones vertes » entre lesquelles la circulation est autorisée. En clair, pour que des visiteurs puissent entrer dans une zone verte, ils doivent venir d’une autre zone verte. 

Pour les deux experts, alors que le rôle de l’UE pendant la crise sanitaire « a été largement remis en question », notamment « sa faible réactivité et sa mauvaise coordination […] au début de l’épidémie », cette stratégie serait l’occasion d’initier la relance d’une économie qui affecte des millions d’emplois.

© Wira Dyatmika – Unsplash

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