10 juillet 2020
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L’économie des seniors, l’enjeu d’une Europe vieillissante

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Le Vieux Continent n’aura jamais aussi bien porté son nom. À l’horizon 2070, les 65 ans et plus représenteront 30 % de la population. Un chiffre qui, remis dans le contexte de pandémie de COVID-19, met en lumière la nécessité de renforcer la prévention des maladies chroniques et de soutenir le développement de solutions à destination des séniors.

Augmentation de l’espérance de vie, chute du taux de natalité, vieillissement des sociétés, réduction de la taille des ménages et explosion de l’urbanisation. Voici les tendances démographiques sur le long terme qui se dégagent du rapport sur Les Conséquences de l’évolution démographique sur le Vieux Continent, adopté par la Commission européenne, le 17 juin dernier. 

Une évolution démographique indissociable de la crise sanitaire

Présentant les moteurs principaux de cette transformation et ses conséquences, le document enclenche des travaux d’identification d’actions concrètes pour accompagner les régions, les communautés et les individus les plus affectés, et ce, en tenant compte des leçons tirées de la crise sanitaire. D’ailleurs, pour Dubravka Šuica, vice-présidente chargée de la Démocratie et de la Démographie, le contexte de pandémie de COVID-19 et la transition démographique sont intrinsèquement imbriqués : « La crise a révélé au grand jour de nombreuses vulnérabilités, dont certaines sont liées au profond changement démographique que subissent déjà nos sociétés et communautés dun bout à lautre de lEurope. Ce double défi doit contribuer à façonner la manière dont nous concevrons les soins de santé, les systèmes de protection sociale, les budgets publics et la vie publique dans les décennies à venir. Il doit nous guider dans notre réflexion sur des problématiques telles que laccès aux services, les soins de proximité et même la solitude ».

Un tiers de la population européenne aura plus de 65 ans en 2070

Parmi les enseignements du rapport, le vieillissement de la population se détache. L’âge médian de la population pourrait atteindre 49 ans en 2070 (5 ans de plus qu’aujourd’hui), date à laquelle 30 % des citoyens du continent seront âgés de 65 ans et plus, selon les prévisions. À titre de comparaison, cette tranche représente 20 % de la population actuellement. En outre, la part des 80 ans et plus doublerait pour passer à 13 %. 

Ce changement découle notamment de la hausse de l’espérance de vie : alors qu’en 2018 l’espérance de vie à la naissance était de 78,2 ans pour les hommes et de 83,7 ans pour les femmes, elles devraient bondir respectivement à 86 ans et 90 ans pour les individus nés en 2070. D’ailleurs, les auteurs soulignent que les Européens passent une importante partie de leur vie en bonne santé. En moyenne, en 2018, le nombre d’années de vie en bonne santé était de 64,2 ans pour les femmes et de 63,7 ans pour les hommes. Et plus l’âge avance, plus le risque de présenter des problèmes de santé augmente : près de la moitié des 65 ans et plus souffraient d’un handicap en 2018. 

Autre facteur du vieillissement : la diminution des naissances. Ainsi, en 2018, le nombre moyen d’enfants par femme était d’1,55, tandis que le niveau nécessaire pour maintenir la taille d’une population en l’absence de migration est de 2,1. 

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De la nécessité d’améliorer la prévention des maladies chroniques

Plusieurs conséquences sont donc à envisager. Sur le marché du travail, puisque la population en âge de travailler diminue. Mais aussi sur les soins de santé et de longue durée, tandis que les systèmes de santé connaissent une pression certaine en raison de ce vieillissement de la population. Et qu’ils ont été durement éprouvés dans la lutte contre le coronavirus. La crise a d’ailleurs mis en exergue la vulnérabilité des personnes âgées face à l’infection, notamment parce qu’elles ont davantage de risques d’être également atteintes d’affections chroniques.

C’est pourquoi, en plus d’un renforcement des systèmes de santé pour les rendre plus résilients en cas de pandémie future, l’accent doit porter sur les pathologies chroniques. Ainsi, le rapport mentionne la mise en place de la stratégie « De la fourche à la fourchette », en faveur d’une alimentation plus saine, dans une optique de prévention à laquelle participe également le plan européen de lutte contre le cancer. En parallèle, la promotion du sport et de l’activité physique paraît indispensable.

Enfin, la demande en service de santé et soins de longue durée semble représenter un défi majeur alors que ceux-ci ne font pas l’objet d’une protection sociale égale dans tous les États membres. Dans ce cadre, les auteurs estiment que l’émergence d’une « économie des séniors » serait intéressante, car elle pourrait encourager l’innovation dans ce domaine.

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Le projet de loi « Grand âge et autonomie » de nouveau d’actualité dans l’Hexagone

Ce à quoi le projet de loi « Grand âge et autonomie » constituerait un premier élément de réponse à l’échelle du territoire français. Abordé en janvier dernier par Agnès Buzyn, alors ministre des Solidarités et de la Santé, il devait être présenté cet été, mais le sujet avait rapidement été éclipsé par la gestion de la crise sanitaire. Et alors que la perte d’autonomie pourrait faire l’objet d’une cinquième branche de la Sécurité sociale, la question a ressurgi sur les bancs de l’Assemblée nationale. En effet, Adrien Taquet, secrétaire d’État auprès du ministre des Solidarités et de la Santé, a confirmé, le 16 juin, que le sujet était toujours d’actualité et que le projet de loi sera présenté en Conseil des ministres d’ici à la fin de l’année. Le dispositif devrait s’inscrire dans la continuité de la stratégie « Vieillir en bonne santé 2020-2022 » qui vise à « passer un cap en matière de prévention et de recherche pour que la société de la longévité soit une société de la longévité en bonne santé », affirmait Agnès Buzyn en début d’année.

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