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24 juillet 2020
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L’intérêt des podomètres connectés dans la prise en charge des maladies chroniques

© Juhan Sonin - Flickr (CC BY 2.0)
Modifié le Temps de lecture : 3 minutes


Compter les pas peut encourager certains patients à maintenir une activité physique régulière. Cependant, l’observance d’un tel dispositif semble incertaine, au regard des données cliniques disponibles concernant les objets connectés.

Les traceurs connectés d’activité physique présentent-ils un véritable intérêt pour les patients atteints de BPCO ? Une équipe française s’est posé la question, constituée du Dr Nicolas Postel-Vinay, spécialiste de l’hypertension à l’hôpital européen Georges-Pompidou et fondateur du site automesure.com, du Dr Jérémy Khau et de Grégory Ninot, professeur à l’université de Montpellier et directeur de la plateforme collaborative CEPS. 

Leur article, publié en avril dernier dans la revue Info Respiration, vise à évaluer l’efficacité potentielle de ces outils entrant dans le domaine du quantified self en tant qu’intervention non médicamenteuse. Il conclut que le comptage des pas présente des bienfaits, mais aussi des limites, la première étant de ne pas être suivi dans la durée. S’il est donc à encourager, il ne peut représenter un véritable programme de réhabilitation. 

Compter les pas pour quantifier l’activité physique

Tout d’abord, les auteurs s’intéressent au fonctionnement de ces supports. Que ce soit des smartphones, des bracelets, des montres, des bagues ou encore des chaussures, leur objectif est de compter les pas au cours d’un trajet ou d’une journée. Il est d’ailleurs possible de les combiner à une application pour établir un programme quotidien. Et, pour apporter des conseils plus personnalisés, un couplage est envisageable avec des informations sur le mode de vie de l’utilisateur et ses données biomédicales.

Concrètement, les podomètres peuvent être équipés d’un accéléromètre, qui mesure l’accélération linéaire. Ces systèmes quantifient l’activité physique. Les données, analysées par un algorithme, offrent accès à un rapport comprenant le nombre de pas, les kilomètres parcourus, la vitesse, etc. Elles sont souvent exploitées dans la recherche clinique. Autre technique possible : le GPS (Global positioning system). La navigation par satellite permet ainsi d’évaluer la distance et la vitesse du porteur du traceur. Enfin, certains objets allient accéléromètre et GPS. Les éléments récoltés sont alors jugés plus fiables.

Un soutien pour réduire la sédentarité

Dans un deuxième temps, l’article met en lumière l’intérêt de ces outils pour les pneumologues. D’une part, il est rappelé que les adultes passeraient plus de 3 heures devant les écrans chaque jour, selon Santé publique France, ce qui montre un niveau de sédentarité important. Et ce, alors qu’une activité physique quotidienne est recommandée pour être en bonne santé, en particulier chez les individus souffrant de maladies chroniques.

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Tandis que l’absence d’exercice représente un facteur de risque de nombreuses pathologies (affections cardiovasculaires, cancers, maladies neurodégénératives, dépression, etc.), des études ont révélé les bénéfices des traceurs pour inciter à la marche. Par exemple, en 2014, des chercheurs chiliens ont conclu qu’ils devaient être proposés systématiquement aux personnes souffrant de BPCO, arguant que les individus équipés de podomètres marchaient beaucoup plus que les autres.

Une faible utilisation des objets connectés chez les patients chroniques

Cela étant, l’équipe française souligne la nécessité de garder un certain recul, indiquant que « le succès commercial des traceurs d’activité n’est pas synonyme d’intérêt démontré pour une meilleure hygiène de vie, ni d’une utilisation quotidienne au-delà des premiers jours passés à les découvrir ».

En outre, il est rappelé que la précision des dispositifs grand public n’est pas toujours parfaite. Ainsi, des erreurs ont déjà été constatées par des chercheurs par rapport aux podomètres de référence.

Une autre réserve est avancée : peu d’informations sont actuellement disponibles pour savoir exactement quel type de patient est disposé à compter ses pas. Selon une enquête menée par l’Institut Mines-Télécom Business School, en collaboration avec des associations de sujets atteints d’affections chroniques, les patients utilisant effectivement des objets connectés restent minoritaires. D’ailleurs, la conclusion de ces travaux est partagée par le Dr Postel-Vinay, le Dr Khau et le Dr Ninot : les dispositifs existants ne correspondraient pas aux besoins des malades chroniques. 

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L’étape suivante consiste donc à établir si les patients seraient aptes à recourir aux podomètres de façon effective, mais les auteurs font encore preuve ici d’une certaine modération. L’article s’appuie alors sur un essai clinique paru en 2019 concernant des programmes d’activité physique pour des patients atteints de BPCO. Ses modalités d’inclusion sont particulièrement observées. Ainsi, sur plus de 1 300 sujets contactés pour composer le groupe « marche », 22 % ont affirmé ne pas être intéressés et seulement un tiers a pu être inclus. 

En conclusion, les auteurs estiment que l’utilisation des traceurs pour compter les pas ne peut être considérée comme un acte d’éducation thérapeutique. Mais un intérêt se dégage néanmoins, notamment pour les « patients geeks », qui montrent un appétence pour les résultats chiffrés. Le médecin doit donc être en mesure de leur recommander des outils fiables et efficaces.

© Juhan SoninFlickr (CC BY 2.0)

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